Enfin, voici la belle homélie de Mgr Aupetit, archevêque de Paris, de dimanche dernier 12 mai, sur l'amour et la  vocation :

"Si je vous dis : 1 + 1. Vous me répondez certainement : = 2.

Mais dans cet évangile je viens d’entendre Jésus dire : « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10,30). Étrange équation qui va à l’encontre de mon apprentissage du calcul appris à l’école primaire. Si je continue de compter sur mes doigts, j’en compte 5. Pourtant nous n’avons qu’une seule main. Voilà peut-être la réponse : nous n’avons qu’une seule main parce que les doigts sont unis.

Le Père et le Fils ne font qu’un parce qu’ils sont unis. Non pas par une structure anatomique comme la main, mais par l’Amour. Dieu est Communion dans l’Amour. Mais en Dieu l’amour n’est pas un sentiment, comme l’affection, la tendresse ou le désir. Le Christ nous a appris ce qu’était l’amour. Il est le don total de soi : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Le Père se donne entièrement dans l’engendrement du Fils : « Le Père et moi, nous sommes UN ». Le Fils se donne entièrement dans sa filiation en étant le Verbe qui exprime le Père : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jn 14,9).

Ce Don qui manifeste l’amour du Père et du Fils est l’Esprit Saint. Cet Amour est une personne divine parce que c’est la substance même de Dieu que de se donner.

Cet Esprit nous a été promis par le Christ : « Je vous enverrai l’Esprit Saint d’auprès du Père » (Jn 15,26) car c’est dans le don de soi-même par amour que nous entrons à notre tour dans la Communion divine et dans cette Vie éternelle qui est constitutive de Dieu. C’est pourquoi Jésus affirme dans cet évangile : « Mes brebis, je leur donne la Vie éternelle » (Jn 10,28).

Entrer dans cette Communion d’amour est la vocation de tout baptisé, ceux que Jésus appelle ses brebis. Cela est vrai dans toutes les formes de vie. Dans le mariage sacramentel où l’homme et la femme « ne font qu’une seule chair » unie en Dieu. Mais aussi, dans toute vie, même solitaire, quand elle est ordonnée à l’offrande de soi par amour.

Aujourd’hui nous célébrons la journée des vocations sacerdotales et religieuses, toutes ces formes de vie consacrée, où le don de sa vie se fait par amour exclusif de Dieu pour servir tous ses frères humains. Il ne s’agit pas d’une fuite du mariage, ni d’un mépris de l’union de l’homme et de la femme. Nous l’avons bien entendu dans la grande prière de consécration des vierges dimanche dernier : « C’est l’Esprit Saint qui suscite au milieu de ton peuple des hommes et des femmes conscients de la grandeur et de la sainteté du mariage et capables pourtant de renoncer à cet état afin de s’attacher dès maintenant à la réalité qu’il préfigure : l’union du Christ et de l’Église ». Car « le Christ et l’Église, c’est tout un » disait sainte Jeanne d’Arc. Elle avait tout compris. C’est justement cette unité qui est signifiée par le célibat pour le Royaume.

La consécration est le signe mystérieux du plus grand amour qui ne peut venir que du Seigneur Jésus lui-même. Les consacrés imitent le Seigneur dans sa façon de vivre pour construire son Royaume et réaliser dès ici-bas les noces éternelles. En vivant cette communion, en la recevant de Dieu, nous savons que rien ne pourra nous arracher de la main de Jésus. C’est la prière que le prêtre dit dans le fond de son cœur juste avant de communier : « Seigneur Jésus, fais que jamais je ne sois séparé de toi ».


+Michel Aupetit, archevêque de Paris